05.04.2006 - vin-bourgogne-vigneron Meursault "Clos des Perrières" Domaine Albert Grivault Spécialiste de la Bourgogne, rédacteur du site http://www.degustateurs.com et observateur éclairé du vignoble de Côte d'Or, Patrick Essa nous propose une visite-dégustation au Domaine Albert Grivault, plus spécialement consacrée au premier cru "Clos des Perrières"
Le Petit Clos des Perrières à Meursault est unanimement reconnu localement comme la partie la plus parfaite du terroir de Meursault. Un hectare clos d'un mur dont les pierres proviennent de la "Paurre et piardes", grotte jouxtant le cru qui a jusqu'au 19°siècle été exploitée pour sa pierre dure qui se prêtait si bien à la taille de "mureuse"; un hectare qui sans doute constitue avec le vrai Montrachet le meilleur des vins blancs de Côte d'Or.
Michel Bardet et son fils (qui s'apprête à reprendre le domaine) m'a reçu en compagnie des membres toulousains d'In vino veritas pour une magnifique dégustation verticale de ses différentes productions.
Avant de vous livrer le détail de ces instants de recueillement voici les quelques notes nécessaires pour comprendre un peu Le Clos des Perrières :
Appendice technique :
Les vignes sont prises en charge par une équipe de vignerons qui suivent les directives rigoureuses de Michel Bardet. Celui-ci a le sens méthodique de l'ancien ingénieur qu'il est et il a su créer autour de lui une synergie qui met en valeur sa vision du Clos des Perrières. Depuis quelques années la taille et le travail de main du Clos sont à la charge du merveilleux tâcheron qu'est José Dematos, homme strict et assidu mais aussi attentionné et proche des besoins de « son jardin ». La partie mécanisée (labour et sulfatage) est réalisée par Dominique Caillot (qui nous lit souvent) et les vinifications sont le fruit de Michel Bardet et de son fils. Le domaine est en lutte raisonnée et la taille se fait classiquement en guyot simple. Les rendements ne sont jamais très importants sur ces terres pauvres et caillouteuses et il n'est nul besoin de vendanger en vert après les sévères ébourgeonnages de Mai.
Au cuvier et en cave les choses se font simplement mais avec le matériel moderne le plus en pointe : pressurage pneumatique, sédimentation à froid, travail par gravité, pas de levurage exogène et fermentations en fûts récents (dont 25 % de bois neufs). Les vins sont suivis par Madame Girard du laboratoire œnologique du BIVB. On notera l'ingénieux -et sans doute unique- système de chauffage par le sol des caves d'élevage de première année qui permettent de les maintenir à la température voulue pour le bon déroulement des fermentations malo-lactiques.
Les vins sont élevés en général sur 16 à 18 mois avec peu de «bâtonnage»et restent sur leurs lies durant toute la durée de l'élevage. Classique dans le meilleur esprit du terme en somme.
Appendice sur les crus :
Trois parcelles composent le patrimoine des crus du domaine, sans doute le seul de la commune à posséder une telle unité géologique dans les crus qu'il met en vente. Le Meursault « village » est issu d'un Clos qui jouxte la maison et qui est à l'intérieur du village proprement dit. Il est de ce fait protégé des vents froids, et dispose d'une exposition sud sud-ouest très originale qui lui confère tension et harmonie. Ses sols argileux sont sans doute à l'origine des belles notes fruitées qui émergent de son bouquet.
La parcelle de la Grande Perrières finit la partie nord des Perrières du bas jusqu'à la grotte de la « paurre et piarde ». Elle mesure près d' 1 hectares 60 et constitue la plus grande entité du cru. Elle est sur un sol jurassique de l'étage oxfordien et illustre à merveille la tension bouquetée de ce secteur racé et puissant aux forts arômes de pierres chaudes et de silex. Moins solaire que le plat des Perrières, elle partage la race ultime des Grands Genévrières du dessus et se situe juste derrière le clos et le plat en terme de volume et de complexité. Un immense terroir de blanc déjà…Il donne le Meursault Perrières du domaine.
Le Clos des Perrières est dans une zone plus argileuse en surface et se situe sur une veine jurassique du bathonien qui annonce la résurgence du calcaire de Premeaux et donc le sol du Montrachet lui- même. Un hectare de concentré de vin, somme absolue de ce que le Meursault peut offrir et sans doute matrice constitutive de la force minérale des crus du secteur.
Les 2004 en fûts :
Meursault : Il se présente charmeur et vif sur une acidité malique haute – comme tous les vins de ce millésime – et sur des notes d'agrumes plaisantes. Un joli vin frais à la trame généreuse. Bien.
Meursault Perrières : Les notes d'agrumes laissent placent aux fruits blancs et en particulier à la poire. L'ensemble est encore un peu malique mais on perçoit la belle maturité de la vendange et une belle harmonie. Un très beau vin se dessine.
Meursault Clos des Perrières : très différent du précèdent car plus austère et retenu mais disposant d'une admirable pureté et d'une constitution solide qui en fait dès la mise en bouche en pur sang fringant et racé à peine dompter. Il embrase littéralement le palais pour vous laisser un peu ahuri après l'avoir bu… car on ne crache pas un Clos des Perrières ! Très belles promesses encore.
Meursault :
2003 : très mûr sur des notes d'agrumes un peu confites. Une légère amertume finale qui signe l'année, mais une grande pureté aromatique d'ensemble. On ne perçoit pas la part du bois et l'esprit murisaltien est bien dans cette bouteille un peu hors norme en raison du climat de l'année.
2002 : Comme souvent dans les vins de village le 2002 se montre vif et tendu sur des notes d'agrumes vertes. La minéralité transparaît cependant à l'aération et la longueur est plus que correcte. Bien.
2001 : Un millésime qui est entrain de s'ouvrir et qui commence à livrer son message un peu austère mais tellement précis et puissant. Un magnifique 2001 à la matière riche et aux notes pures de fleurs de vignes et de chèvrefeuille. Un futur classique.
1991 : Il est déjà un peu évolué car sa robe jaune traduit sans doute un début d'oxydation, mais il livre encore son message fruité et opulent dans une année qui n'est pas forcément restée comme une des plus grandes de la décennie. A boire.
Meursault Perrières :
2003 : le vin est beaucoup moins marqué par le millésime et a préservé une fraîcheur digne des meilleurs cuvées du secteur. On sent la pêche de vigne et l'abricot à la manière d'un Condrieu mais on est aussi séduit par l'équilibre d'une bouche veloutée et ronde.
La finale est longue. Très bien.
2002 : On monte clairement d'un cran pour goûter ce superbe vin racé et plein à la matière concentrée. Un vin de haute gastronomie qui devra fondre sa puissance brute pour livrer la grande finesse aromatique enfermée en son centre. Notes de menthe, de fleur d'acacia et de sauge sur un corps svelte et enveloppant ; superbe finale aérienne. Excellent.
2001 : La surprise du jour est qu'il ne faiblit pas d'un pouce devant son cadet et qu'au contraire il montre un rien de concentration en plus ! Sans doute un peu moins précis dans son dessin et sans doute un peu moins « premier de la classe » mais que cet élève là a du talent : corps de troisième ligne et subtilité d'un ouvreur qui se prépare à « croiser ». Excellent encore.
1991 : Moins fatigué que le Meursault et avec un éclat nettement supérieur, il n'en reste pas moins un peu marqué par son vieillissement et dispose de notes un peu évoluées d'orange confites et de fleurs fanées. Il préserve en lui la magie de son terroir mais doit être bu dès à présent. La longueur est appréciable. Bien.
Meursault Clos des Perrières :
2003 : Il ne semble pas avoir souffert de la canicule et se présente encore aérien et disposant d'une jolie vivacité. Bien entendu il ne peut se comparer à rien d'autre qu'à un 2003 très réussi mais il est d'abord Clos des Perrières. Attaque franche, milieu de bouche gras et serré, finale sur la pêche de vignes sans aucune lourdeur. Une merveille dans le genre très rare du « Meursault à acidité basse ».
2002 : Dés le service vous humez des parfums insinuants qui vous aiguisent les sens, un incroyable festival aromatique suit. Je reste admiratif devant la capacité de ses vignes de 20/25 ans à générer le terroir de manière aussi intense. La robe est cristalline, le nez s'intensifie encore sur la poire et la menthe sauvage à l'aération et le volume de bouche est hors du commun. Une intensité pareille mêlant pureté et volume ne se retrouve sous cette forme que dans ce cru et les Chevaliers de très nobles origines. Je me souviendrai longtemps de ce moment si parfait et je me demande ce qu'un tel vin donnera dans 20 ans. Sublime et hors classe.
2001 : Comme pour le Perrières nous retrouvons le cru au quasiment même niveau d'élégance et avec encore plus de matière de matière brute. Sans doute ne dispose t'il pas de la forme classique du 2002 et de sa suavité aromatique mais il séduit toutefois par son gras et sa plénitude de constitution. Je serais très heureux de comparer ce cru avec le 2002 dans 20 ans ! Hors classe !
1996 : Tout bonnement le plus beau 96 qu'il m'ait été donné de boire en blanc (et de très loin) et vous savez comme j'apprécie modérément ce millésime. Mais là le cru domine largement l'année et la tension acide est balayée par la minéralité constitutive du sol et de la vinification. Michel Bardet a sans doute réussit un vin hors classe dans son année. Il ne possède cependant pas le raffinement de texture des 2001 et 2002, mais réhabilite un peu mon « imaginaire » des 96. Excellent.
Merci à Michel Bardet pour sa générosité.
Patrick Essa
http://www.degustateurs.com
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Vos commentaires
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27 05 2007 - 12:55 par pouvreau
bonjour auriez vous l'amabilité de me faire parvenir vos tarifs et les frais de port ? merci 21 11 2007 - 20:08 par robbiani
pouvez vous me communiquer vos tarifs en vous remerciant par avance
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