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Armagnac : quelques chiffres

Quelques chiffres vous sont livrés pour commencer cette dernière partie qui se termine par une tirade sur les Mousquetaires. Ce Fabian Barnes est un visionnaire, l’histoire est en marche puisque Michel Portos vient de s’installer à Bordeaux. Certes, ça n’a aucun rapport, mais ça me faisait plaisir.

La Rude Concurrence du Voisin Charentais

Sur le marché de l’eau de vie de vin, l’armagnac fait figure de “petit Poucet ” à côté du géant charentais qui domine le marché de l’eau-de-vie de vin. Si l’on s’exprime en hectolitre d’alcool pur, quand l’armagnac atteint péniblement les 16 à 18.000 hectolitres d’alcool, Cognac dépasse les 500.000 hectolitres ! (campagne 94/95)

L’armagnac a un autre handicap ; les Cognacs jeunes sont légers et fruités alors que les Armagnacs jeunes sont plutôt lourds du fait du mode de distillation et des cépages Folle blanche et Bacco, plus riches, plus gras et plus complexes que l’Ugni blanc ou le Colombard.

Les cognacs sont de ce fait plus rapidement sur le marché, et plus appréciés.

Les Armagnacs s’expriment et deviennent incomparables au vieillissement, mais pas avant 8 à 12 ans.

Ce constat pose un nouveau handicap : financer les stocks. L’entreprise Armagnaçaise est essentiellement familiale, la rotation des stocks est très lente. Les banquiers n’apprécient guère l’eau qui dort et préfèrent les flux charentais. C’est donc à bout de bras qu’on porte ses stocks en Gascogne.

Il ne faudra pas compter non plus sur la justice du marché, la moyenne de 1993 à 1997 place le cours du Cognac, quel que soit l’âge des eaux de vie de 0 à 10 ans, à plus de 200 % du cours de l’Armagnac. Difficile de se battre quand une eau-de-vie cognaçaise de 4 à 5 ans d’élevage s’échange au même prix qu’une eau-de-vie armagnaçaise de 10 ans.

Parallèlement, sachant que la communication des appellations est le rôle des interprofessions et que celles-ci sont financées par les exploitants par des taxes à la production (à l’hectolitre en général), à cotisation égale, le budget du BNIC serait 35 fois supérieur à celui du BNIA.

On peut réaliser la disproportion exorbitante des moyens dont dispose chacune des appellations. Le marché de l’Armagnac n’a pu que fléchir un peu plus chaque année.

L’Armagnac en quelques chiffres

Des 100.000 hectares à la fin du siècle dernier, un peu plus de 30.000 sont en production en 1955. Aujourd’hui, 18.000 hectares dont moins de 2.700 hectares ont servi la distillation en 1997. A cela, il faudrait déduire les volumes d’alcools utilisés pour les “flocs ” ou autres utilisations de substitution. Cette production semble apparemment encore trop élevée puisque les volumes produits sont supérieurs aux volumes vendus tous millésimes confondus, le BNIA pronostique que 2.000 hectares suffiraient.
En conséquence, la taille des stocks augmente d’année en année, et correspond aujourd’hui à 16 fois la récolte 97, soit plus de 200.000 hectolitres d’alcool pur (rapporté à 100% volume).

Le volume des ventes est en recul de 10 à 15 % depuis quelques années : 18.000 hectolitres d’alcool pur en 1997 pour 50.000 Hl en 87. A ce rythme, et en théorie, dans moins de 6 ans ce volume passe sous la barre des 10.000 Hl. L’heure n’est plus à l’inquiétude mais à l’affolement.

Une Organisation Interne en pleine effervescence

Nul doute que les Armagnaçais sont unanimes quant au besoin primordial de redresser la situation catastrophique dont ils font les frais.

Par contre, tous mobilisés pour apporter des solutions, il est normal que leurs idées divergent.

Le débat est vaste : restructuration du vignoble, de son organisation et de son avenir sont en cause. De ce fait des dizaines de points particuliers allient les uns et font bondir les autres. Et ce, avec d’autant plus de véhémence que l’Armagnac se prépare à un tournant historique de son appellation. Pas question de prendre de décisions hâtives dont ils seraient les héritiers pendant de nombreuses années.

Les opinions divergeaient déjà depuis quelques années quant à la disparition du “bacco ” en 2010. Les viticulteurs eux-mêmes ont souhaité cette disparition (1988), mais ce cépage semble, aujourd’hui, représenter l’authenticité des grands Armagnacs au côté de la folle blanche. Alors le doute se répand dans les esprits gascons.

La région est en passe d’être créditée d’un énorme budget afin d’amorcer cette restructuration, tant au niveau parcellaire que des politiques qualitatives, commerciales et de communication. Peut-être une éventuelle modification du décret de l’appellation.

Le BNIA, à qui on a confié ce dossier a fait des propositions de nouvelles lignes de conduite à adopter. Celles-ci sont farouchement contestées par le Syndicat de Défense de l’Armagnac (réunion de producteurs d’Armagnacs).
Le BNIA propose, entre autres et pour ce qui concerne les consommateurs, la naissance d’une nouvelle appellation “Blanche d’Armagnac ”, le remplacement des mentions VSOP, Hors d’âge, XO, Napoléon, etc., par “ Armagnac ” pour les élevages jusqu’à 5 ans, et “ Vieil Armagnac ” pour les élevages supérieurs à 6 ans.

Les partisans du syndicat de défense de l’Armagnac s’opposent à cette nouvelle appellation, revendiquant l’Armagnac comme le mariage de l’eau-de-vie et du chêne de Gascogne. Ils considèrent que 6 ans pour être intitulé “ Vieil Armagnac ” est trop peu et voudraient allonger le vieillissement à 12 ans pour cette mention. Point de vue tout à fait honorable, les dégustations que nous avons pu faire placent pleinement la quintessence des Armagnacs à partir de 10 à 12 ans d’élevage minimum.

Ils réclament l’apposition en contre étiquette des dates de mise en bouteilles, temps d’élevage sous bois, ainsi que les indications de réduction non naturelle et des additions quelconques. (Caramel en général).
Requête également honorable, à la fois par respect pour les producteurs qui travaillent dans les règles de l’art, ainsi que pour l’éducation des consommateurs qui sont trop souvent flattés par l’indication d’un millésime très vieux mais qui ne correspond pas au réel temps d’élevage.

Mousquetaire dans l’âme

Malgré toutes ces difficultés traversées dans le siècle, les Gascons sont là et bien là. Leur teint est frais et ils sont encore prêts à revêtir l’étoffe des mousquetaires. On ne peut qu’être optimiste quant à la renaissance de leur vignoble. Alexandre Dumas à peut-être écrit une légende mais ceux dont il s’est inspiré ne le sont pas. Un jour ils retrouveront le rang qui leur est dû et les seigneurs n’auront qu’à bien se tenir. L’encre couchera à travers le monde une prose contemplative : contemplative de ces hommes et de ces femmes qui n’ont jamais perdu leur souffle, même dans les longues apnées de la traversée de ce siècle, et qui livreront sur un plateau, aux enfants du deuxième millénaire, un goût et des arômes appartenant à plus de sept siècles de civilisation gasconne.

Fabian Barnes
In Vino Veritas


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