06.06.2008 - fraises-espagnoles-scandale-ecologique Les fraises espagnoles sont quand même bien dégueulasses, leurs producteurs et les politiques locaux également ! Que ceux qui ont mangé une seule fraise espagnole cette année lisent attentivement ce texte, et que ceux qui les méprisent lisent aussi, une piqûre de rappel ne fait jamais de mal.

Le jeudi 12 avril 2007, Claude-Marie Vadrot écrivait dans la revue Politis le texte suivant :
Très instructif !
D'ici à la mi-juin, la France aura importé
d'Espagne plus de 83 000 tonnes de fraises.
Enfin, si on peut appeler «fraises» ces gros
trucs rouges, encore verts près de la queue
car cueillis avant d'être mûrs, et ressemblant
à des tomates. Avec d'ailleurs à peu près le goût des tomates...
Si le seul problème posé par ces fruits était leur fadeur, après tout, seuls les
consommateurs piégés pourraient se plaindre d'avoir acheté un produit qui se brade
actuellement entre deux et trois euros le kilo sur les marchés et dans les grandes surfaces,
après avoir parcouru 1 500 km en camion. À dix tonnes en moyenne par véhicule, ils sont 16
000 par an à faire un parcours valant son pesant de fraises en CO2 et autres gaz
d'échappement. Car la quasi totalité de ces fruits poussent dans le sud de l'Andalousie, sur
les limites du parc national de Doñana, près du delta du Guadalquivir, l'une des plus
fabuleuses réserves d'oiseaux migrateurs et nicheurs d'Europe.
Il aura fallu qu'une équipe d'enquêteurs du WWF France s'intéresse à la marée montante
de cette fraise hors saison pour que soit révélée l'aberration écologique de cette
production qui étouffe la fraise française (dont une partie, d'ailleurs, ne pousse pas dans
de meilleures conditions écologiques). Ce qu'ont découvert les envoyés spéciaux du WWF,
et que confirment les écologistes espagnols, illustre la mondialisation bon marché.
Cette agriculture couvre près de six mille hectares, dont une bonne centaine empiète déjà
en toute illégalité (tolérée) sur le parc national. Officiellement, 60% de ces cultures
seulement sont autorisées; les autres sont des extensions «sauvages» sur lesquelles le
pouvoir régional ferme les yeux en dépit des protestations des écologistes.
Les fraisiers destinés à cette production, bien qu'il s'agisse d'une plante vivace
productive plusieurs années, sont détruits chaque année. Pour donner des fraises hors
saison, les plants produits in vitro sont placés en plein été dans des frigos qui simulent
l'hiver, pour avancer leur production. À l'automne, la terre sableuse est nettoyée et
stérilisée, et la microfaune détruite avec du bromure de méthyl et de la chloropicrine. Le
premier est un poison violent interdit par le protocole de Montréal sur les gaz attaquant la
couche d'ozone, signé en 1987 (dernier délai en 2005); le second, composé de chlore et
d'ammoniaque, est aussi un poison dangereux: il bloque les alvéoles pulmonaires.
Qui s'en soucie? La plupart des producteurs de fraises andalouses emploient une main d'oeuvre
marocaine, des saisonniers ou des sans papiers sous-payés et logés dans des
conditions précaires, qui se réchauffent le soir en brûlant les résidus des serres en
plastique recouvrant les fraisiers au coeur de l'hiver.
... Un écologiste de la région raconte l'explosion de maladies pulmonaires et
d'affections de la peau.
Les plants poussent sur un plastique noir et reçoivent une
irrigation qui transporte des engrais, des pesticides et des
fongicides. Les cultures sont alimentées en eau par des forages
dont la moitié ont été installés de façon illégale. Ce qui transforme
en savane sèche une partie de cette région d'Andalousie, entraîne
l'exode des oiseaux migrateurs et la disparition des derniers lynx
pardel, petits carnivores dont il ne reste plus qu'une trentaine dans
la région, leur seule nourriture, les lapins, étant en voie de
disparition. Comme la forêt, dont 2 000 hectares ont été rasés pour faire place aux fraisiers.
La saison est terminée au début du mois de juin. Les cinq mille tonnes de plastique sont
soit emportées par le vent, soit enfouies n'importe où, soit brûlées sur place.
... Et les ouvriers agricoles sont priés de retourner chez eux ou de s'exiler ailleurs en
Espagne. Remarquez: ils ont le droit de se faire soigner à leurs frais au cas ou les produits
nocifs qu'ils ont respirés ...
La production et l'exportation de la fraise espagnole,
l'essentiel étant vendu dès avant la fin de l'hiver et jusqu'en
avril, représente ce qu'il y a de moins durable comme
agriculture, et bouleverse ce qui demeure dans l'esprit du
public comme notion de saison. Quand la région sera ravagée et
la production trop onéreuse, elle sera transférée au Maroc, où les industriels espagnols de
la fraise commencent à s'installer. Avant de venir de Chine, d'où sont déjà importées des
pommes encore plus traitées que les pommes françaises...
Vos commentaires
|
06 06 2008 - 09:55 par Anaik
Beurk, c'est édifiant. De toute façon, quand on a eu la chance de goûter des fraises tout juste cueillies (sur le fraisier de pépé, de mémé, de maman, du voisin...), chauffées par le soleil et gorgées de sucre, ou encore des petites fraises des bois de montagne, on ne peut pas manger ces... machins. 06 06 2008 - 10:21 par Virginie
Je le savais, mais effectivement la piqure de rappel pique un peu plus la révolte devant tant de connerie ! En février lors d'un repas chez des amis, on nous a présenté une salade de fruits avec plein de fraises dedans, j'ai eu beaucoup de mal à ne pas jeter le saladier à la gueule de notre hôte ! 06 06 2008 - 10:46 par Anne - Papilles et Pupilles
Je savais aussi mais il y a quand même 2 choses qui m'intriguent :
- qu'en disent les espagnols ?
- quand je suis allée à Barcelone au printemps, j'y ai vu l'un des plus beaux marchés de fruits et légumes que je n'avais jamais vu. Nous y avons acheté de quoi manger tous les jours et c'était plutôt très bon et moins cher qu'en France. Je ne sais pas trop quoi penser ? Moi j'achète surtout des fraises du lot et garonne ;) 06 06 2008 - 11:29 par Tiuscha
Bonne piqure de rappel en effet ! Hélas, je ne crois pas que le problème se limote à la fraise et beaucoup de produits provenant d'Espagne sont cultivés dans les mêmes conditions déplorables... Achetons français et si possible local, bis repetita (voir ter, quater, etc) ! 06 06 2008 - 12:20 par Grand Chef
Je retiendrai surtout la situation des ouvriers étrangers exploités sous toutes les coutures (tout comme en Italie, en France et ailleurs); les fraises, je m'en fous. 06 06 2008 - 13:01 par Laurent
Et quelle différence avec la France ? La main d'oeuvre qui récolte les fraises est la même. Les conditions d'hébergements sont sensiblement les memes. Les fraises ne sont pas plus mûres, ni meilleures. 3,5 € pour 150 g de soit disant fraise de plougastel (comme le beaujolais nouveau, l'étendue géographique est limitée mais la production augmente tous les ans).A moins de jouer les bobos et d'aller acheter dans des fermes pour bourgeois endimanchés des fraises à 150 € le kg ou de les faire pousser soi-meme, on n'a de toutes façon pas de bons fruits, ni de bons légumes. 06 06 2008 - 17:47 par Lolotte
Malheureusement, c'est comme pour tous les produits, consommables ou pas. Merci la mondialisation et le profit a tout prix! Quant au gout, comme vous le dites, les fruits pousses en France ne sont pas meilleurs...Alors...que faire? 06 06 2008 - 19:09 par battsport
Très instructif et c là que nous voyons la nécessité de préserver une alimentation de saison. Mais pourquoi bouffer des fraises en hiver me...!!!! Attendons la garriguette tranquillement!!!!. bientôt je sens qu'il y aura du melon entre les huîtres et le foie gras!!!!! NON, NON, ET NON!!!!!
tout ca reste très politique et donc il n'y a que la révolution pour faire changer les attitudes et foutre cette pu...... de société de l'ancien régime à la flotte. 08 06 2008 - 01:48 par Yann
Ce n'est pas une nouveauté, cela fait des année que l'europe laisse faire et ce la fait des années que les français bouffes de s Tonnes de Fraises dégueu! une seule raison le pouvoir d'Achat de puis des années car nous sommes tous daccord que nous aimerions manger mieux seulement voila en France on vend des Fraises extras à pour une minorité de Clients aisés, donc j'estime que c'est nous les français qui faisons le jeu de ces producteurs andalous. D'autre part il serait intéressant de voir à quand une enquète de WWF sur les vignobles de Champagne, car là vous avez peut etre, une veritable bombe sur l'ecologie qui pourrait faire beaucoups de bruit car vous avez p etre là l'un des vignobles les plus polués au monde, Bonjours les Bulles!. Mais là il y a trop d'intérét economiques en Jeu, vous ne Croyez pas? Une bonne soupe de Fraise d'Espagne au Champagne, une recette détonnante!!!! Affaire à suivre!! 14 06 2008 - 02:40 par Zara
Tout ceci est vraiment scandaleux, et donne vraiment froid dans le dos. L'avenir s'annonce sombre pour notre pauvre planète... 14 06 2008 - 21:31 par San
Pour ceux que ça intéresse, voici une campagne visant à informer les consommateurs des implications de la consommation de fruits et légumes hors saison : http://raslafraise.com La fraise est un fruit emblématique, mais malheureusement pas le seul à être produit dans ces conditions... A nous, consommateurs, de réagir en consommant intelligemment !
|
| |
|
Derniers articles
David Faucher, chef de cuisine 21.04.2009 - david faucher David Faucher, chef de cuisine du Shamwari, Crozet, Ain, Rhône-Alpes, répond à nos questions rituelles.
Le Shamwari, Crozet, Ain, Rhône-Alpes, dîner du 13 décembre 2008 21.04.2009 - shamwari-diner-du-13-12-2008 Nous avons dîné au Jivahill Park Hôtel fin mars pour un repas de presse qui ne nous avait que très moyennement convaincus. Bouclage du Guide Hubert oblige, je reviens pour établir la note définitive de l'opus 2009. On m'annonce que le chef a changé et que c'est le jeune second, David Faucher, qui a été promu. Raison de plus pour s'attabler sans préjugés.
L'agneau (fantôme) de Pauillac 20.04.2009 - l-agneau-fantome-de-pauillac L’Agneau de Pauillac bénéficie d’un label rouge depuis 2000, et d’une IGP (Indication Géographique Protégée) depuis 2003. Quelles sont ses spécificités ?
Les Cépages, Thoiry, Ain, Rhône-Alpes, déjeuner du 13 décembre 2008 20.04.2009 - cepages-dejeuner-du-13-12-2008 Après Annecy, nous voici dans le Pays de Gex et dans la neige, avec un grand soleil. Levé tôt j'ai pu profiter des Alpes d'un côté et du Jura de l'autre, enneigés au soleil levant. Magnifique ! Nous sommes 2 à table.
Georges Paccard, chef de cuisine 20.04.2009 - georges-paccard Georges Paccard, chef de cuisine et propriétaire de La Ciboulette, Annecy, Haute-Savoie, Rhône-Alpes, répond à nos questions rituelles.
La Ciboulette, Annecy, Haute-Savoie, Rhône-Alpes, dîner du 12 décembre 2008 10.04.2009 - ciboulette-diner-du-12-12-2008 Nous terminons nos 2 jours à Annecy par un dîner à la Ciboulette. Nous sommes toujours 3 à table.
Laurence Salomon, chef de cuisine 08.04.2009 - laurence-salomon Laurence Salomon, chef de cuisine et propriétaire de Saveur & Nature, Annecy, Haute-Savoie, Rhône-Alpes, répond à nos questions rituelles.
Nature & Saveur, Annecy, Haute-Savoie, Rhône-Alpes, déjeuner du 12 décembre 2008 07.04.2009 - nature-et-saveur-dejeuner-du-12-12-2008 Nous sommes 3 à table, nous arrivons à 13 h 15 et seule notre table réservée est disponible. La petite entreprise de Laurence Salomon ne connait pas la crise.
Clos des Sens, Annecy, Haute-Savoie, Rhône-Alpes, dîner du 11 décembre 2008 06.04.2009 - clos-des-sens-diner-du-11-12-2008 Nous sommes 3 à table, et nous laissons le chef et la sommelière organiser notre dîner.
Slow Food et les OGM, celui qui comprend m'explique ? 01.04.2009 - slow-food-et-les-ogm Pour la première fois depuis la création de Slow Food France, Jean Lhéritier son président a donné une position officielle vis-à-vis des OGM. Un peu contraint et forcé par les déclarations tonitruantes du responsable du convivium Flandres-Artois. Est-ce si simple ? Voici les faits.
|
|