24.09.2007 - livre Le Guide des Restaurants Fantômes Christian Millau vient de commettre un livre grinçant, ironique, drôle, à lire absolument si on s'intéresse aux restaurants et à leurs chefs..

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Le Guide des Restaurants Fantômes,
Christian Millau, illustrations de Grandville
Plon
240 pages
Je n'ai pas tout à fait terminé la lecture de ce livre, mais il m'enchante tellement que je n'attends pas pour vous en faire part. Je vais d'ailleurs me contenter de recopier la quatrième de couverture et de vous en donner un extrait, c'est suffisamment parlant.
Présentation de l'éditeur :
- Encore un guide de restaurants ? - Non, vous n'y êtes pas. - Et pourquoi "fantômes" ? - Parce que ce ne sont pas des vrais restaurants. Disons des "vrais-faux" ou des "faux-vrais". Ne craignez rien, les lecteurs sont futés. Ils trouveront qui se cache derrière. Mais le sujet du livre est ailleurs. Ce sont dans les ridicules de la société d'aujourd'hui que Christian Millau mord avec allégresse.
Rarement le ridicule ne s'est jamais aussi bien porté. Il fleurit les plates-bandes du langage, de l'enseignement, de la politique, des relations publiques, de la mode et, ô combien, de la gastronomie.
Or, justement, le restaurant est une des scènes privilégiées du grand théâtre de la comédie humaine. Si vous aimez rire aux dépens de votre prochain, profitez-en !
Un extrait :
Je n'ai pas choisi le plus drôle, mais celui qui me concerne le plus.
Paris 7e
Castro’s Club
58 bis, rue de Constantinople
Tél. : 07 07 07 07 07
Fermé lundi et mardi
Les « piafs », comme on les appelle, sont en train de faire la fortune du premier « smoke-easy » de paris et bientôt de tous les autres du même genre qui s’apprêtent à pousser à fond la vapeur.
Les « piafs », vous ne l’ignorez pas, sont les agents de la PIAFH (Police d’Intervention Anti-Fumeur de Havanes) mise en place très astucieusement par le gouvernement afin de faire passer, dans les meilleurs délais et dans un premier temps, de 15 à 20 millions le nombre des « vitoles » fumés chaque année en France. Puisque, dans les années 30, la Prohibition aux Etats-Unis avait fait exploser la consommation de whisky et de gin, il n’y a pas de raison pour que cela ne marche pas chez nous.
Avant la loi antitabac et la création de la PIAFH, on avait observé que de moins en moins d’habitués des grands et des moins grands restaurants osaient souffler en plein dans le nez de leur voisin ou de leur voisine la fumée d’un Churchill’s ou d’un Torpédo. Une sorte de gêne, vaguement apparentée à une règle de savoir-vivre, les retenait au dernier moment, bien qu’ils en eussent parfaitement le droit. A l’heure du moka ou, mieux encore de l’armagnac et du cognac, ils s’obligeaient à garder au fond de leur poche l’étui aux mille félicités, se disant que, peut-être, de retour à la maison, ils auraient le temps d’en allumer un. Mais non, bien sûr qu’ils n’en avaient jamais le temps et, la bouche basse, ils trottinaient vers le lit conjugal.
J’ai omis de vous dire que la PIAFH est une branche spéciale de la PIAF, laquelle est censée traquer le petit gibier des fumeurs de gauloises ou de Marlborough. C’est à cette dernière que la direction générale de la police affecte ses fonctionnaires les moins brillants et, plus généralement, tous ceux dont elle ne sait que faire. Il est bien évident qu’on ne risque pas de voir à la une du Parisien ou du Figaro la photo d’un carré de joueurs de belote coinchée embarqué dans le panier à salade après avoir été pris sur le fait, clope aux lèvres, dans l’arrière-salle du café de l’Hippodrome. En revanche, un passage au JT de 20 heures avec un André Santini, un Jacques Dutronc ou un quarteron de grands patrons du CAC 40 emballés au moment où ils mettaient le feu à un Cohiba, chez Taillevent ou au Ritz, c’est le choc assuré.
Mais on aurait tort de prendre les clients de Gérard, à Genève, de la Civette, au Palais Royal, de Lewis Stagnetto, à Gibraltar ou de Ricardo à Irun pour des bleus. Une fois surmonté l’état dépressif des premiers jours, la havanitude a redressé la tête et, quand le bruit s’est répandu de l’ouverture prochaine du premier smoke-easy de la capitale, ce fut à qui en découvrirait l’adresse le premier.
Au temps de la Prohibition, les speak-easies faisaient dans la discrétion et le velouté.
Tout New York connaissait l’adresse du Stork Club mais la police tendait la main et fermait les yeux, ou quand d’aventure une descente était organisée pour faire plaisir aux photographes, le lendemain, la belle vie reprenait comme si de rien n’était.
Evidemment impensable en France où le réflexe citoyen balaie toutes les tentations.
D’ailleurs pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? Arturo Frangipano, le propriétaire du célébrissime Fortissimo, a tout de suite compris la règle du jeu. Pour rester nickel, il suffit de créer un club privé, muni d’une licence de boissons, et d’ouvrir le livre des adhésions.
La seule difficulté est de trouver le local approprié. Il ne serait pas sérieux de transporter après le repas, même en Rolls, à l’autre bout de Paris, le plus acharné des fumeurs de Bolivar, pas même de l’inviter à traverser la rue. Il faut se débrouiller pour que le « member » n’ait que quelques pas à faire depuis sa table. Frangipano a donc loué la boutique juste à côté, pratiqué une ouverture dans le mur mitoyen, aménagé un joli petit patio entre les deux maisons parfaitement séparées et ainsi, en toute légalité, on passe de sa table à l’humidificateur géant du Castro’s Club.
Sur le coup de 14 h 30 et le soir, autour de 22 heures, la salle du Fortissimo se vide aux trois quarts, une partie des clientes appelle un taxi pour rentrer à la maison et l’on se retrouve entre hommes (quelques femmes, tout de même) à tirer béatement, devant un verre de rhum bien boisé ou un Chivas dix-huit ans d’âge, sur quelques sujet hors concours comme le tout nouveau et sensationnel Partagas D n° 4 Reserva (550 euros, seulement, le coffret de vingt pièces), le San Cristobal Corona Gigantes, ou, plus classiquement, sur les dix-huit centimètres d’un Punch Churchill’s.
La plupart des grands restaurants de Paris sont en train de suivre le train, certains allant jusqu’à déménager leurs cuisines pour y installer leur club.
Le propriétaire du Varenne, qui a pris pour devise : « le restaurant le plus cher de Paris », songerait même, après avoir fait ses comptes, à vider entièrement sa maison et à virer les neuf dixièmes du personnel pour se convertir en smoke-easy. La voilà, la réponse aux 35 heures et aux « charges écrasantes ». Comme disait Gainsbourg : « Dieu est un fumeur de havane. Il m’a dit lui-même que la fumée envoie au paradis. »
Vos commentaires
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24 09 2007 - 18:59 par battsport
suis en train de le lire c effectivement croustillant a plus 26 09 2007 - 16:13 par Benoît Wagner
On risque effectivement d'arriver à cela... J'ai discuté récemment avec un patron de civette qui comptait "aménager" un local pour des clients triés sur le volet... 02 10 2007 - 18:33 par maga
ça à l'air top. J'essaie de le trouver au plus vite.
Bonne continuation.
Maga www.alimentationgenerale.org
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